Etat des lieux


La poesia es una arma cargada de futuro ” Gabriel CELAYA ”


En ces temps inversés

où les sangliers vivent comme des sans-abri

dans les poubelles de nos villes

où les fauves se tassent dans leurs tanières

alors que le dernier arbre abattu saigne son agonie

en ces temps invraisemblables

où les ours blancs

à genoux effondrés

regardent leur souvenir s’effacer de la mémoire des glaciers

alors que les armes poussent aux bras des enfants

comme de vénéneuses maladies

en ces temps de géhenne

la volte est là cependant dans le habits noirs de la nuit

qui cogne aux tempes des damnés

la poésie est là cependant dans la blessure claire du matin

qui dénonce le revers du parler den haut.


Une chanson ancienne charrie son espoir de pierres

quelque part du côté de lEbre

avec cette tristesse exsangue

mal archaïque surgi des tréfonds

qui m’a fait pareille vie livide

quand je m’enrageais à rêver debout.


Jai toujours vécu derrre les vitres sales de mon enfance.


Ils nous ont embarqués sur la nef des fous

l’époque est aux naufrageurs

nous en revenons tout souillés meurtris dépiautés.


Je suis vieux vieux comme le Malheur.


Jai donné la pièce au chien de la mort.


Je suis vieux vieux comme le Malheur

comme le cri époumoné de la veuve qui vient de comprendre

comme la voix gitane qui racle jusqu’au coeur le mystère sacré du duende

comme l’âpre poussière qui gratte laccent

de l’immig qui noublie pas sa glaise natale

comme le mendiant assis sur le trottoir qui salue bien bas

des passants  aux yeux de suie.


La chanson d’hier a envahi de fleurs sauvages les rudes rives de l’Ebre.


O gueux mes camarades !

A peine deux trois pages cornées dans les manuels d’Histoire.

O vous et vos cris empourps damour

qui illuminent jusqu’à la nuit des cachots

de vos incendies ensanglantés !

O vous dont les colères dont les chants

résonnent toujours aux coins des rues des villes

et dans les noms utiles des lieux dits !


Ma voix est la porte ouverte du désespoir

qui livre des poitrines nues à l’horreur des balles.

Ma voix charrie des Oubanguis desclaves entravés.

Ma voix est le camp où on entasse les misères dépenaillées.

de foules épuisées qui s’agrippent à des chires luxuriantes.

Ma voix a l’obstination de la marée

qui plaque sur les rochers les plaintes des noyés.


Il suffira à force de rage darracher les amarres

pour reprendre nos manières de flibuste

avec nos poches remplies de fortunes de mer.


Ainsi ce soleil de braise en plein hiver

qui enchante le tranchant des flots de son miracle d’enluminures

parchemin antique bourré ditinéraires oubliés

pour carguer nos voiles vers d’autres finistères.

Goe est là-bas qui attend que l’on dise sa vérité

le sang foudroyant de la volte sur ses ruines.


Nous cinglerons loin très loin par delà les récits

Et enfin parvenus là où nous savons

nous remonterons des abysses

dans nos filets aux mailles douces

afin de ne pas les blesser plus encore

des fantômes salins aux membres d’algues fragiles

mais aux yeux d’or

ceux- là qui un jour inventèrent la liberté.


Nous retournerons alors nos proues vers nos rivages

les cales éclatant de pépites

de la poésie à ras bord

et les mots pour réapprendre au monde les routes du futur.


Il suffit d’une raucité de la gorge

pleine de ces mots qui écorchent les oreilles.


Je connais des chants écrits avec ces mots peineux des gueux

dont le vocabulaire de guenille

ensemence des terres arides.


Je connais des chants mal famés sentant la crasse

dont les échos d’épouvantails bousculent le calendrier

La chanson ancienne a franchi les frontiers.

Des œillets rouges ont fleuri aux bords du Tage

et maintenant on rit du côté de l’Ebre.


C’est une clameur qui monte des entrailles du passé.

C’est une clameur sortie des fosses communes.

C’est une clameur chargée de la peur des fusillés.


Comme la rudesse fraternelle du vin de paysan

qui ne veut que partager la soif de l’ami

bientôt on conjuguera au présent de lindicatif.



Jacques NUNEZ-TEODORO Mars 2016


Lauréat du concours 2016 organisé par L’UNESCO France.

Catégorie « Prix spécial Révolte poètique » pour le poéme « Etat des lieux »